> TRADUCTION LITTÉRAIRE > Pour vous donner envie de lireToutes les versions de cet article :
Extraits des textes littéraires et leurs traductions
SŁAWOMIR MROŻEK
En loyal citoyen, j’ai pris la résolution de vivre toute une journée dans l’esprit du langage des déclarations officielles.
Première journée.
Je me suis réveillé au moyen d’un puissant coup sur le crâne, me battant de la sorte pour achever avant terme ma journée-sommeil. Malgré la légère résistance que j’essayais encore de m’opposer à moi-même, les quelques coups suivants me précipitèrent de ma couche sur le plancher. Le processus de l’habillement fut déjà plus aisé, si l’on néglige quelques escarmouches sans intérêt. C’est de la sorte que j’ai remporté la bataille du lever. (…)
Deuxième journée.
Ce matin, ayant regardé par la fenêtre, je vis que dans la cour se tenait un problème, juste devant la porte cochère. Plus tard, alors que je sortais de la maison, il était encore planté là, sans avoir changé de position. Au cours de l’après midi, je le retrouvai inchangé. Ce n’est que vers le soir qu’il se mit à s’appuyer sur l’autre jambe. Je me couchai tout empli d’inquiétude et de compassion pour le pauvre problème. Et ne voilà-t-il pas que le lendemain, on pouvait le voir, tout comme la veille, installé là. Je descendis une chaise pliante, afin qu’il pût s’asseoir, ne serait-ce qu’un instant. Mais nenni ; il restait debout comme par avant, à la seule différence près que, de temps à autre, il se permettais de courtes stations assises. « Pour un problème, c’en est un ! » me dis-je.
Sławomir Mrożek, extrait de La vie contemporaine, traduit du polonais par Anna Posner dans : L’éléphant, Editions Albin Michel, Paris, 1964